Michel 1er enfonce les plus faibles

Le précédent gouvernement Di Rupo avait déjà «réformé» le stage d’attente. Il y avait la prolongation du stage de 9 à 12 mois, le renforcement du contrôle et de la conditionnalité à ce droit, la limitation des allocations à 3 années, et l’accès au droit bloqué après 30 ans. Dans la foulée, le stage d’attente devenait «stage d’insertion», pour bien montrer que les jeunes sont des fainéants, qui attendent leur allocations plutôt que de s’insérer sur le marché du travail. Depuis, c’est certain, la situation est bien meilleure pour les jeunes sur le marché du travail : 33% des jeunes wallons sont au chômage, et 40 % des Bruxellois. 
Le gouvernement Michel 1er a été mis en place et a poursuivi cette dynamique visant à «améliorer la participation des allocataires sociaux au marché du travail». Au 1er janvier 2015, l’accès aux allocations d’insertion sera restreint à l’âge de 25 ans au lieu de 30. Et au 1er septembre 2015, des conditions de réussite des études conditionneront ce droit. Il faudra avoir réussi la 6e secondaire (et non plus entamé), avec diplôme, y compris dans l’enseignement technique, professionnel et l’enseignement spécialisé. Pour l’enseignement en alternance, le jeune doit avoir suivi intégralement et réussi la formation. Ou alors il faudra attendre l’âge de 21 ans avant d’y prétendre (au lieu de 18 ans sous la précédente législature). 
Selon les chiffres à notre disposition, c’est donc près de 40% des jeunes francophones qui ne pourront plus bénéficier d’allocations d’insertion. 13.000 jeunes qui, chaque année, sortiront des statistiques du chômage pour rejoindre les CPAS, pour les plus chanceux, la débrouille pour les autres. 
Ce qui est particulièrement vicieux dans cette mesure, c’est qu’elle cible les jeunes qui ont un parcours plus difficile, ou qui entreprennent des études plus longues. Les jeunes qui réussissent sans rater une année à l’école pourraient bénéficier des allocations d’insertion. Alors que bien évidemment, ce sont eux qui statistiquement auront le plus de chances de trouver un emploi rapidement. 
Plutôt que d’avoir le courage de supprimer purement et simplement les allocations d’insertion, les gouvernements successifs l’ont raboté de tout côté. Il n’en reste quasi plus rien. Ce ne serait pas si grave si les allocations de chômage, sur base du travail, n’étaient pas si restrictives. Il faut un an de travail temps plein sur une période d’un et demi pour bénéficier d’allocations de chômage. Qui peut dire aujourd’hui qu’il est facile de trouver un emploi temps plein à durée indéterminée (ou d’au moins 1 an) en début de carrière ? 
Ces mesures ne sont pas économiques, elles sont idéologiques! Economiquement, elles sont marginales, elles rapportent environ 30 millions d’euros par an au gouvernement sur un montant total de 11 milliards. Le message est le suivant : maintenant qu’on a un gouvernement de droite, on va casser la solidarité, on va casser les plus faibles. 
Quelles en seront les conséquences ? Les jeunes (et les moins jeunes) accepteront n’importe quel mini-job, à n’importe quel prix. Les travailleurs ne pourront plus rien revendiquer, poussés dans leur dos par une armée de réserve toujours plus affamée. 
Cette vision de la société est dangereuse pour tout le monde. Qu’on ne s’étonne pas de la montée de la violence, elle prend sa source dans les inégalités et l’injustice !
En se basant sur les statistiques du FOREM (voir tableau ci-dessous) pour la Wallonie en 2013 (chiffres stables voire à la hausse d’année en année), voici les cohortes d’exclus à la sortie des études :
  • 6000 jeunes qui n’auront pas leur CESS entre 18 et 21 ans
  • 3000 jeunes âgés de 24 ans qui auront 25 ans à la fin de leur stage d’insertion
  • 3000 jeunes âgés entre 25 et 30 ans
  • Et 1000 jeunes de 23 ans qui avec une évaluation négative de recherche d’emploi (6 mois de sanction) auront 25 ans à la fin de leur stage d’insertion.

Contact : Pierre LEDECQ, responsable national des Jeunes CSC.
tél: 0485 94 35 93