Les Femmes CSC Bruxelles luttent contre la réforme de l’AGR

Les mesures socio-économiques prises par le gouvernement Michel depuis octobre 2014 pénalisent lourdement les travailleurs avec et sans emploi et encore plus les travailleuses.
Une de ces mesures est la réforme sur l’allocation de garantie de revenu(AGR) pour les personnes qui ont un travail à temps partiel involontaire.

De quoi s’agit-il ?

L’AGR (allocation de garantie de revenu) est versée par l’Onem aux travailleurs-euses qui ont accepté un emploi à temps partiel pour éviter d’être au chômage. Elles subissent un emploi à temps partiel contre leur volonté, et bénéficient d’une allocation modeste pour compléter leur petit salaire. Le but est de les encourager à accepter un emploi à temps partiel en garantissant un revenu global (salaire + AGR) supérieur ou au moins égal à l’allocation de chômage.

Les personnes touchant une AGR : en grande majorité des femmes !

En pratique, le temps partiel est davantage une contrainte qu’un choix (flexibilité, horaires coupés,…). Dans certains secteurs, il est quasi le seul emploi offert. Une bénédiction pour les employeurs qui bénéficient d’une main-d’œuvre flexible à souhait.
Actuellement en Belgique, 46% des personnes qui travaillent à temps partiel sont des femmes et 10% des hommes.
En 2015, parmi les 50.702 personnes qui ont bénéficié d’une AGR, il y avait 78% de femmes dont 51% étaient cheffes de ménage. La diminution de l’AGR programmée pour le début 2018 est une attaque directe contre des travailleurs-euses qui perdront 23% de leurs « petits revenus ». 

Conséquences de la réforme 

Le gouvernement Michel a déjà diminué le montant de l’AGR. Depuis janvier 2015, l’AGR est calculée de la même manière qu’avant 2008 (impact négatif sur le montant de l’allocation). Mais le gouvernement a décidé d’encore réduire de moitié le montant de l’AGR à partir de janvier 2018. 
A titre d’exemple, voici un tableau qui illustre les conséquences de la réforme pour les différentes catégories de chômage (réduction calculée sur base des montants maximums):

Les calculs de ce tableau ont été faits à partir du montant maximum de l’AGR c’est-à-dire 63,68€ par jour ; mais lorsque les personnes passent au forfait pour l’allocation-chômage, la situation empire:
  • • Chef de ménage :  montant maximun 63,68, forfait 45,41€ 
  • • Isolé: montant maximun 63,68, forfait 38,14€
  • • Cohabitant-e: montant maximun 63,68 forfait 20,15€
      ==> les cohabitant-e-s sont les plus pénalisé-e-s.
L’argument économique mis en avant par le gouvernement pour justifier cette mesure ne tient pas la route. En effet, la majorité des personnes qui travaillent à temps partiel reçoivent des petits salaires et avec le complément chômage, arrivent à peine à boucler leur fin de mois. Si le complément  diminue de moitié, beaucoup de travailleurs-euses se poseront la question de la pertinence de se rendre au travail pour un montant pareil et si ce ne serait pas plus avantageux de rester au chômage. N’oublions pas que dans certains secteurs, les entreprises n’offrent que des emplois à temps partiels avec des horaires variables ou coupés difficilement compatibles avec un autre temps partiel.
Ce sont des secteurs à bas salaires et aux conditions de travail flexibles. Certains secteurs comme la grande distribution, grand pourvoyeur d’emplois à temps partiel mal payés, risquent d’avoir du mal à embaucher!
Bon nombre de travailleurs-euses à temps partiel sont déjà pauvres. Avec la diminution de l’AGR, ce sera encore pire !

S’informer et s’organiser pour mobiliser

Le 10 janvier 2017, les Femmes CSC Bruxelles, avec l’appui du Comité de Bruxelles, ont organisé une Assemble d’information-action de travailleurs-euses concerné-e-s par la réforme de l’AGR.
Après une explication sur l’AGR introduite par Ana Rodriguez, Responsable des Femmes CSC Bruxelles, les participant-e-s se sont mis(es) au travail en ateliers. Différentes idées ont émergé de ces ateliers, parmi lesquelles la constitution d’un « Comité d’action » avec les travailleurs-euses concernées par la réforme de l’AGR. Ce comité, animé par les Femmes CSC, aura pour objectif d’informer et de se mettre en action contre cette réforme. Le premier Comité aura lieu fin janvier. Les Femmes CSC Bruxelles réalisent également une enquête sur le temps partiel et l’AGR. Un groupe de témoignages sera également mis en place pour alimenter les constats de l’enquête.
Toute personne concernée par ces mesures et habitant ou travaillant dans la Région de Bruxelles peut prendre contact avec les Femmes CSC Bruxelles.

Témoignages : inquiétude grandissante

Isabelle
Je travaille dans une école depuis six ans. J’ai un horaire coupé, c-à-d que je travaille de 9h à 11h30 et de 15h30 à 18h30. Mais comme cela me prend plus d’une heure pour arriver sur mon lieu de travail, je reste à l’école entre mes deux services. Je reste donc toute la journée à l’école mais je ne suis payé qu’un mi-temps. Dans ces conditions, ce n’est pas possible pour moi de trouver un deuxième emploi. J’ai demandé plus d’heures mais on me les a refusé et ils ont engagé une jeune car elle coûte moins cher que moi. J’ai déjà du mal à payer mes factures, qu’est-ce que je vais faire s’il me coupe l’AGR ? Comment je vais faire pour vivre ?
Nadia
Je travaille mi-temps dans l’horeca. Je travaille de jour et j’ai des horaires variés. Mon horaire de travail change tout le temps. Cela fait 5 mois que mon patron me promet de me donner plus d’heures, mais j’attends toujours. Je veux travailler plus d’heures mais je ne peux pas travailler en soirée car j’ai un enfant que j’élève seule. Avec des horaires coupés, qui changent tout le temps, qui va vous engager pour un autre temps partiel ?  

Les Femmes CSC Bruxelles ?

Les Femmes CSC Bruxelles veulent une société égalitaire ; pour y arriver, elles revendiquent :
  • la suppression de toutes les mesures qui accroissent la pauvreté et la fin des politiques d’austérité
  • la suppression de la mesure qui vise à réduire de 50% l’allocation de garantie de revenu après deux ans à temps partiel involontaire
  • la mobilisation pour l’application de la CCT 35 : priorité à l’obtention d’un emploi à temps plein
  • la revalorisation des conditions de travail et salariales dans les secteurs typiquement féminins
  • l’intégration de la dimension égalité hommes-femmes dans la politique d’emploi et de la formation professionnelle
  • la réduction collective du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires
  • des équipements et des services collectifs publics de qualité et accessibles à tous et toutes
  • une fiscalité juste en faveur de l’égalité hommes-femmes via un impôt sur les grosses fortunes
Ana Isabel Rodríguez
Responsable de l’action Femmes CSC Bruxelles
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